Une enquête internationale publiée fin juillet révèle que des quantités importantes d’uranium auraient été exportées de la République démocratique du Congo vers la Chine au cours des deux dernières décennies, dissimulées dans les cargaisons de cobalt provenant principalement du Katanga.

L’investigation, menée par Lighthouse Reports en partenariat avec le Financial Times et Le Monde, s’appuie notamment sur un mémo confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) datant de 2009. Ce document signalait déjà la présence d’uranium en « quantités significatives » dans les minerais de cobalt exploités dans le sud-est de la RDC et évoquait son exportation comme sous-produit du cobalt.

Entre 2 000 et 5 000 tonnes exportées en 24 ans

Selon une étude scientifique publiée dans la revue Nature Communications, les chercheurs Sébastien Philippe et Ryan Manzuk estiment qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées de la RDC entre 2000 et 2024 via les expéditions d’hydroxyde de cobalt. Cette estimation repose sur des analyses géologiques, des données de production minière ainsi que des informations commerciales recueillies au cours de l’enquête.

Les auteurs précisent toutefois qu’aucune preuve ne permet de déterminer l’utilisation finale de cet uranium après son arrivée en Chine.

Le site de Tenke Fungurume au cœur des révélations

L’enquête met particulièrement en lumière la mine de Tenke Fungurume Mining (TFM), l’un des plus importants producteurs de cobalt du pays. Des documents internes consultés par les journalistes feraient état de niveaux élevés d’uranium dans certains échantillons de cobalt, avec des concentrations pouvant atteindre 1 100 parties par million (ppm).

Toujours selon ces documents, des tests visant à éliminer l’uranium du minerai auraient été réalisés, mais leur application à grande échelle n’aurait jamais été systématique. Des traces significatives d’uranium auraient encore été relevées dans certaines cargaisons jusqu’en 2021.

CMOC rejette les accusations

Le groupe chinois CMOC, propriétaire de Tenke Fungurume depuis 2016, conteste fermement les conclusions de l’enquête. L’entreprise affirme que l’ensemble de sa production respecte les normes en vigueur et fait l’objet de contrôles radiologiques rigoureux. Elle assure n’extraire ni ne traiter l’uranium, aussi bien en RDC qu’en Chine.

CMOC estime également que les niveaux d’uranium évoqués dans l’enquête ne justifient pas la mise en œuvre d’un processus spécifique de séparation du minerai radioactif.

Les autorités congolaises reconnaissent des faiblesses de contrôle

Du côté des autorités congolaises, les responsables du secteur nucléaire reconnaissent l’existence de lacunes dans le système de surveillance. Le directeur de l’Agence congolaise de l’énergie nucléaire a indiqué qu’il était « techniquement possible » et même « probable » que de l’uranium ait été récupéré à partir du cobalt exporté, tout en soulignant qu’aucune preuve directe ne permettait actuellement d’étayer cette hypothèse.

Face à cette situation, des projets visant à renforcer les contrôles radiologiques sur les axes d’exportation des minerais sont envisagés afin de mieux surveiller les flux transfrontaliers.

Une question stratégique et sécuritaire

Ces révélations interviennent dans un contexte où la RDC demeure le premier producteur mondial de cobalt, un minerai stratégique utilisé notamment dans les batteries des véhicules électriques et dans diverses technologies de pointe. La présence potentielle d’uranium dans les exportations minières soulève des questions à la fois environnementales, sanitaires et géopolitiques.

Si les conclusions de l’enquête continuent de faire débat, elles mettent en évidence la nécessité de renforcer la transparence et le contrôle de la chaîne d’exploitation des ressources minières congolaises.

Rédaction CongoMag.online | Avec des informations de RFI, Lighthouse Reports, Financial Times et Le Monde.